Résumé :livre

1 manoir sur une île. 3 adultes. 7 adolescents. 10 coupables. 1 vengeance.

Coupés du monde, sans moyen de communication, les candidats vont devoir s’affronter en prime time sur une chaîne nationale. Ils ne le savent pas encore mais le jeu a déjà commencé… et il n’y aura pas de gagnants.

Extrait :

« Simon planta son œil unique dans celui de la caméra et avoua. Tout. La vidéo truquée, le chantage, le lynchage sur le Net. Devant l’objectif, devant la Voix, devant le monstre à cinq têtes, Simon vida son sac dégueulasse comme on retourne un estomac, et dénonça ses complices. Puis, il attendit. De l’aide. Un espoir. N’importe quoi. Et la sentence tomba.

Simon Harel. Tu es reconnu coupable de la mort d’Esther Dimonin. Et tu es condamné à la peine capitale.

Le sifflement arracha un hurlement de terreur à Simon.

– Nooooooon ! Vous aviez promis !!!

J’ai menti… »

Critique :

Qui ne connait pas le célèbre roman policier « dix petits nègres » d’Agatha Christie ? Chef- d’œuvre de la littérature anglaise, ce huis-clos prenant mettait en scène dix convives / criminels séquestrés sur une île. Tous coupables. Sauf un ange exterminateur déterminé à se venger. Que justice soit faite.

Ici, Marine Carteron reprend cette intrigue et en propose une version moderne. Dix candidats participant à un « Escape Game littéraire » dans un manoir situé sur « l’île des Pendus ». Ils fréquentent le même lycée et se connaissent donc tous. Qu’ont-ils en commun ? Pourquoi le narrateur prend-il un malsain plaisir à qualifier leurs comportements de « dégueulasse » ?  Au fur et à mesure que les morts plus violentes les unes que les autres s’enchaînent, les langues se délient et la vérité éclate… Cette mascarade semble liée au suicide d’une de leurs camarades, Esther. Ou plutôt à son meurtre avec préméditation…

Revenons quelques instants sur les indices et la personnalité de chaque candidat. Casting qui est une véritable caricature digne d’un jeu télévisé :

  • Margaux : nageuse et compétitrice dans l’âme, elle peine à identifier ce qu’on lui reproche. Serait-ce le fait qu’elle ait poussé sa rivale Léonor d’un plongeoir ? Ou qu’elle a laissé tombé Esther quand celle-ci avait besoin d’elle ?
  • Charles : arrogant et séducteur, cet « enfant-star » se croit meilleur que les autres alors qu’en réalité il a violé Esther avant de poster la vidéo sur le net. On lui a attribué la chambre du Petit Chaperon Rouge, conte dans lequel il représenterait indéniablement le loup. Attention, la hache du bûcheron guette…
  • Hélène : cette professeur de lettres est la mère Charles. A ce titre, lorsqu’elle a reconnu le crime dont son fils était coupable, elle a préféré se taire pour le protéger et s’est ainsi rendue responsable de non assistance à personne en danger.
  • Viviane : ex-infirmière du lycée corrompue par l’argent, elle vendait du GHB à Charles pour qu’il drogue ses victimes.
  •  Simon : ce geek a été assimilé à la fable du « garçon qui criait au loup ». Il a truqué la vidéo, fait du chantage et lynché Esther. Connaissez-vous la morale de la fable ? Les menteurs ne gagnent qu’une chose : ne pas être crus, même lorsqu’ils disent la vérité.
  • Carie : cette bimbo blonde est une peste, aussi égocentrique que Narcisse. Responsable du harcèlement d’Esther, elle finira d’ailleurs, comme lui, noyée en admirant son propre reflet.
  • Tyron & Déborah : frère et sœur, ils ont entretenu une relation incestueuse et Esther les a surpris lors d’un rapport charnel. Véritable manipulateur, Tyron est l’instigateur de cet acharnement à l’encontre d’Esther. En effet, cette dernière a raconté à Lisa, leur sœur jumelle, ce qu’elle avait aperçu. Pour se venger et la faire taire, Tyron a planifié son meurtre qu’il a tâché de déguiser en suicide, en incitant les autres protagonistes à la briser. Déborah, quant à elle, n’a rien à se reprocher, hormis sa méconnaissance des faits. Fragile et anxieuse, elle est contrôlée par son frère qui l’assomme à coups d’anxiolytiques. Néanmoins, lorsqu’elle découvre qu’il est aussi responsable de la mort de sa sœur, elle décide de faire justice elle-même et l’abat avant de de suicider.
  • André : ex-commissaire, il est le plus malchanceux des personnages. Alors que les autres sont massacrés les uns après les autres, il arrive toujours trop tard, trouve leurs cadavres et est finalement épargné pour servir de coupable. Ainsi, inculpé pour un décuple meurtre, il est condamné à la prison à vie. Bien qu’il clame son innocence, il a joué un rôle majeur dans la mort d’Esther, en couvrant son viol, son harcèlement et son assassinat.

Mais alors, qui a orchestré cette boucherie, cette vengeance sanguinaire ? Si vous comptez bien, je n’ai présenté que 9 personnages. Il manque Eliot, le gamin surdoué qui prétend être responsable de l’incendie qui a tué ses parents. Aucun lien avec Esther, apparemment. Et bizarrement, il est celui à qui on a attribué le conte du « Petit Poucet », personnage qui triomphe de toutes les péripéties qui se dressent sur son chemin. Bon, abrégeons le suspense : Eliot s’appelle en réalité Marc. Il est le frère adoptif d’Esther et il paraît plus jeune que son âge en raison d’un déficit chronique en testostérone. Alors, quand sa sœur a décidé de d’intégrer l’établissement, il a dû se résoudre à la laisser partir. Et il a assisté, impuissant, à sa descente aux enfers.

C’est là qu’on réalise que Marine Carteron ne peut pas égaler la « Reine du crime ». Le twist final, la révélation est certes inattendue mais pas exceptionnelle. L’auteur a désacralisé son personnage en révélant que son plan comportait des failles et qu’il ne s’est déroulé comme prévu, notamment concernant le destin de Tyron et Déborah. Aveuglé par le vengeance, Marc désirait contempler l’agonie du frère, le poussant dans ses retranchements avant de l’abattre lui-même, tandis qu’il réservait une mort bien plus douce à sa sœur, simple victime collatérale d’un jeu mortel. Alors, certes, l’intrigue nous tient en haleine, les extraits des articles du Code Pénal attestant de la culpabilité des personnages justifie leur exécution, les références aux contes et à la mythologie sont intéressantes… mais, selon moi, cela reste une pâle copie ou un simple hommage à l’œuvre originale. D’ailleurs, l’auteur a bel et bien confirmé qu’Agathe Christie avait enchanté son adolescence.